04 mars 2019

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par : jeremy

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Catégories: Reedy AnaFin

Analyse financière : exemple de mise en application pour une entreprise de services

Comment utiliser la décomposition de la politique économique et financière de Reedy AnaFin ? Comment analyser la richesse créée ? Et comment définir les challenges à relever pour les années à venir en s'appuyant sur l'analyse ?

Zoom sur la richesse créée

Nous verrons notamment comment analyser visuellement la richesse créée par l’entreprise en s’appuyant entre autres sur les ratios du secteur. D’abord, nous allons faire un rappel du contexte de l’entreprise analysée. Quant aux chiffres, nous évoquerons uniquement les principaux, ceux dont nous aurons besoin pour l’analyse.

L’entreprise et le contexte

Pour cette analyse, nous nous appuyons sur une entreprise de service technique. Elle ne fabrique rien : elle achète le matériel, l’installe et fait éventuellement la maintenance des installations.

Quelques chiffres sur la performance…

La rentabilité économique décroît régulièrement de 2015 à 2017 pour atteindre la limite acceptable de 10% à cette date. Ensuite elle bondit en 2018 à 38,3%. Sur la même période, avec une contribution quasi nulle des produits financiers ainsi que des opérations exceptionnelles (sauf en 2018, où la contribution des opérations exceptionnelles vient grever la rentabilité économique de 14,7 %), on peut dire que l’évolution de la rentabilité d’exploitation explique à elle seule l’évolution de la rentabilité économique.

Voici l’intégralité de la décomposition de la politique économique et financière:

politique économique et financière

La rentabilité d’exploitation évolue comme décrit ci-dessus : elle diminue de 2015 à 2017 pour augmenter fortement en 2018. Pour la partie « Bench » qui correspond aux chiffres du secteur d’activité, il est important de noter que le nombre d’employés moyen est de 23,9. On différenciera Rex pour rentabilité d’exploitation et REX pour résultat d’exploitation.

performance rentabilité exploitation

Analyse de la richesse créée

De façon globale, sur les 4 années étudiées, l’entreprise a créé une valeur ajoutée qui se traduit par un niveau satisfaisant de la rentabilité d’exploitation. En effet, sur les 4 années on a Rex > 10%.

richesse creee generale

Caractéristiques communes aux 4 périodes :

  • Un effectif constant : 10 personnes
Effectif
  • La part des frais généraux est relativement stable par rapport à l’activité : 8,3% en moyenne
Frais généraux dans production
  • L’intensité capitalistique reste faible et stable autour de 12 K€/personne. Il n’y a pas eu d’investissements significatifs.
Intensité capitalistique

L’année 2015

On constate, dans la création de richesse, un taux de marge brute inférieur à 50%. La moitié de la richesse créée est donc faite en externe (53,1%). Cela est expliqué par le modèle de l’entreprise qui est une société de service technique (installation et maintenance).

  • Consommation des matières premières (MP)

La contribution des fournisseurs est la plus conséquente avec des achats de MP qui représentent 44,5% de la production. Ce fort taux s’explique par l’activité de l’entreprise où la quasi-totalité du matériel est achetée pour être installée.

  • La sous-traitance est à 8,5%.

Ce modèle permet d’avoir une valeur ajoutée (VA) / Effectif de 69 K€ permettant de dégager une très bonne rentabilité d’exploitation (23,5%)

L’année 2016

Face à une forte hausse de la production, on constate que la part de la contribution des acteurs externes augmente jusqu’à 55% de la création de richesse. Cette augmentation pour faire face au surplus d’activité touche à la fois les achats de MP et la sous-traitance.

En cette année 2016, La hausse de la marge brute (MB) (+5,4%) est liée essentiellement à la hausse de la productivité. (Augmentation de la production de +10% à effectif constant). Elle est modérée par l’augmentation des achats de MP et la sous-traitance (-4,2% de contribution faite en interne).

La VA / effectif elle aussi augmente mais que de +2,1% car modérée par une augmentation des frais généraux +22.6%

L’année 2017

Il y a une quasi-stabilité de l’activité (+0,4%). Cependant la MB augmente de +1.9%. Cela est en partie expliqué par une ré internalisation de 1,5% de l’activité.

Si la part des MP augmente de 1,2%, elle est compensée par la baisse de 13,3% de la sous-traitance. Ainsi nous pouvons expliquer la baisse générale de la contribution des acteurs externes à la réalisation de la production.

Cette hausse de MB dans un contexte de maîtrise de l’augmentation des frais généraux et d’un effectif constant explique une augmentation de 1,7% de la VA / effectif.

L’année 2018

Pour la première fois, la contribution interne (52,3%) à la réalisation de la production est supérieure à celle faite à l’externe.

Cela est notamment dû à la baisse de la contribution des MP dans la production (baisse de 13,1%). Cette dernière est liée en partie à la baisse de la production et à un déstockage de 107 K€ des stocks cumulés les années précédentes (donc moins d’achat). Nous pouvons voir ce chiffre au niveau de la production stockée, notamment dans les soldes intermédiaires de gestion :

production de l'exercice

Malgré la baisse de 6,2% de la production, la compensation par une internalisation plus forte (+14,6%) dans la création de richesse explique la hausse de la VA de 10,7%.

Cette dernière dans un contexte de baisse des frais généraux (-6%), permet à effectif constant un VA/effectif qui augmente de 10,7%.

Synthèse sur la richesse créée

Le modèle économique de l’entreprise permet chaque année d’accroître la richesse créée. De ce fait, la valeur ajoutée augmente. Les frais généraux sont maîtrisés. L’effectif est constant. La sous-traitance est en baisse relative. On s’aperçoit donc que la création de richesses provient principalement de 2 leviers :

  • La hausse de la productivité qui permet d’absorber les hausses de la production à effectif constant.
  • La maîtrise des consommations de MP qui permet d’accroître la part de la contribution interne dans la réalisation de la production et de compenser la baisse de la production.

On peut aussi en déduire que le modèle économique est à saturation :

  • Le ratio Production / Effectif (190 K€) est dans la fourchette haute de la profession. Grâce à un benchmarking, la moyenne de la profession a été calculée à 150K€/salarié. L’efficacité de l’outil économique a atteint son point haut.
  • Les plus fortes profitabilités se sont réalisées en 2015 et 2018 où la production se situait autour de 1800 K€ pour 10 personnes.
  • A l’inverse, la rentabilité d’exploitation a atteint son niveau le plus bas acceptable, 10% en 2017 lorsque l’activité était de 1 929 K€, impliquant un ratio de 192K€ de CA / employé. Donc nous pouvons en déduire que ces niveaux sont les limites supérieures hautes acceptables.

Nous avons vu que la richesse créée (VA / effectif) augmente chaque année. Cependant nous pouvons voir la profitabilité baisser en 2016 et 2017.

rentabilité

Se pose alors naturellement la question de la répartition de la valeur ajoutée qui mène à ce résultat.

Conclusion

Le modèle économique de l’entreprise est performant. En effet, au plus bas, sa rentabilité d’exploitation reste supérieure à 10%. La problématique de l’entreprise n’est pas une problématique de rentabilité ou profitabilité mais de pérennité.

A ce titre on s’aperçoit qu‘en 2016/2017, l’entreprise a atteint son maximum d’activité à la vue de sa structure. Si les croissances antérieures ont été absorbées par une amélioration de la productivité, il semble que l’outil est arrivé à saturation (indiqué par le ratio P/effectif). Le volume d’activité maximum réalisé en 2017 est de 1 900K€. Il correspond au minimum satisfaisant de la rentabilité d’exploitation.

En analysant les autres parties de la décomposition de la politique économique et financière (Performance, valeur ajoutée, importance du capital économique), nous pouvons en déduire les différents leviers :

  • Fiabiliser sa rentabilité d’exploitation en stabilisant son coefficient de rotation et sa profitabilité,
  • Stabiliser les ressources financières
  • Gérer son développement futur et sa croissance en réalisant différents choix.

Nous pouvons définir les principaux challenges que l’entreprise devra relever afin de se développer et de pérenniser sa rentabilité :

  • Son cycle de production : Stocks et encours au travers d’une meilleure gestion des achats qui doit passer par une optimisation du niveau des stocks et de meilleures conditions d’achat avec les fournisseurs ;
  • Sa répartition de la Valeur Ajoutée qui doit être corrélée avec la richesse créée qui est maximisée par l’internalisation d’une partie de la contribution de la Marge Brute ;
  • La politique financière en consolidant ses fonds propres pour pouvoir se permettre de financer son développement (investissements + croissance du BFR) par l’emprunt sans détériorer ses indicateurs financiers.